LE CADEAU DE NOËL
Voilà une nouvelle histoire qui j'espère vous plaira puisqu'il s'agit d'un conte de Noël que j'ai composé avec plaisir.
Le cadeau de Noël
Cette année, pour Noël, mon souhait était d’acquérir un beau service de vaisselle, mais pas n’importe lequel, j’en voulais un avec un style bien particulier, pas le même que monsieur ou madame tout le monde ; non, un totalement différent, du genre très ancien, que l’on ne déniche plus que dans les brocantes. Un jour où j’étais libre de toute occupation, je me décidai et je partis chiner dans plusieurs boutiques d’antiquaires. Avant la fin de l’après-midi, j’avais mis la main sur celui qui m’avait attirée dès le premier regard. Il était splendide, ou plutôt somptueux, difficile à décrire tellement j’étais restée coite devant cet ensemble auquel il ne manquait pas une seule pièce. Tout y était : les assiettes creuses, plates, à dessert, la soupière, les plats, les saladiers, la théière, les tasses…enfin l’ensemble complet ; ce qui paraissait étonnant pour un service à vaisselle semblant dater du siècle dernier !
Le brocanteur m’affirma qu’il datait réellement de début 1900 et qu’il avait appartenu à une noble famille. Qui le détenait auparavant n’était pas mon souci, aussi je n’eus guère d’hésitations car dès que je l’avais aperçu, son charme avait opéré, c’était celui que je désirais par-dessus tout. Pourquoi m’avait-il séduit dès le premier instant ? Je ne pouvais répondre. Simplement quelque chose s’était produit au moment où mon regard s’était posé sur ce service, comme un appel de détresse qui aurait attiré mon attention.
De retour à la maison, j’étais si heureuse de m’être procurée cette vaisselle que je pris un soin tout particulier à la laver et à la ranger dans mon vaisselier. Aussi, je plaçai précautionneusement la soupière, la théière et les tasses munies de leurs soucoupes en vitrine, de sorte que chaque fois que je passais dans la pièce où je les avais exposés, mon regard se tournait du côté de ces éléments. Depuis que j’avais acquis ce service, systématiquement, le chien jappait lorsqu’il s’approchait du buffet. En outre, j’avais déjà remarqué que dès que j’entrais dans la salle de séjour, une douce musique se faisait entendre, semblant venir de cet endroit. N’était-ce pas ce qui avait préalablement capté mon attention dans l’échoppe où je me l’étais procuré ? Et cet animal, était-il, tout comme moi, captivé par ce service ? Qu’avait de spéciale cette vaisselle afin que nous soyons amenés à la considérer dès que nous passions à proximité ? Ce qui est sûre, c’est que j’avais été immédiatement captivée, voire même charmée par cette vaisselle. Mais pas au point de sentir mon regard attiré vers cet emplacement sitôt que je traversai la pièce où il trônait. Quelle pouvait bien en être la cause ? Je retournai donc chez le marchand qui me l’avais cédée. Celui-ci m’expliqua que la vaisselle en question avait appartenu à une famille bourgeoise qui ne recevait jamais personne. Le mari, un homme cossu et très conformiste ne supportait ni la famille de son épouse, ni aucun autre individu. Aussi, cette magnifique vaisselle avait-elle toujours été conservée dans un immense bahut sans jamais être posée sur une table. D’après ce qu’il savait, seule la maîtresse de maison, sa dame, l’époussetait une fois l’an afin de ne pas négliger la préciosité de l’ensemble.
Après l’enquête que j’avais menée auprès du brocanteur, je me renseignai auprès du notaire de ces nobles. Ce dernier, arguant de son devoir de réserve ne me confia que le nom des anciens propriétaires.
C’est dans une bibliothèque que je levai enfin le voile sur le mystère qui entourait cette famille. Ce secret perdura jusqu’au décès de la femme de ce bourgeois. Dans sa chambre, on avait trouvé des écrits sur leur vie officiellement commune menée pendant près de cinquante années. En fait, l’épouse de cet homme fortuné et conservateur n’était autre que la chambrière de sa fiancée. Le gentilhomme n’ayant jamais eu le loisir de rencontrer sa promise, les parents de cette dernière l’avaient échangée contre sa soubrette. La découverte du boniment eut lieu après le mariage ; le bourgeois ne put se dédire et décida donc d’un châtiment exemplaire pour cette femme qui était maintenant sienne. « Jamais nous ne recevrons dans cette maison, ni vos parents, ni votre ancienne maîtresse, ni aucune personne qui se présentera à notre porte ; et puisque vous m’avez déshonoré par votre mensonge, vous ne partagerez jamais notre lit commun. » Telle était la pénitence édictée par le mari. La domestique devenue bourgeoise avait reçu pour dot de son ancienne maîtresse ce magnifique service de vaisselle qui, selon l’époux, n’avait jamais servi, puisque toute visite était interdite dans cette maison. Mais ce qu’il ne comprit qu’au jour de sa mort, c’est que cette épouse qu’il avait refusée ne s’était jamais ennuyée.
En fait, c'était une
fée qu'il avait épousée.
Et, chaque soir, lorsque son mari s’enfermait dans sa bibliothèque, la fée ayant ensorcelé tous les objets de la maison : table, chaises, pendule, vaisselle… se faisait servir sans besoin d’aucun domestique. A mon grand soulagement, je découvris aussi le « poème de désenchantement » afin de rompre le charme et de pouvoir utiliser cette superbe vaisselle à ma guise.
J’étais donc rassurée, je n’avais pas rêvé, l’envoûtement de ce magnifique service de vaisselle n’ayant pas été rompu, la musique et les chants que j’entendais en passant dans ma salle à manger provenaient bien des tasses, assiettes, soupière… aussi chaque fois que tous ces objets bougeaient, la chienne jappait face à cette incompréhension.
Maintenant, j’utilise cette vaisselle uniquement lorsque je reçois des convives que j’apprécie tout particulièrement. Car à personne particulière, vaisselle particulière. Mais surtout avant de dresser la table, je n’oublie pas de réciter le poème de désenchantement, car ce secret, moi seule le connaît…. Et le chien !
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Poème de désenchantement Les aléas de la vie M’ayant anoblie De simple villageoise Je devins bourgeoise Jamais de me repentir Que je sois une martyr Puisque mon secret Fut gardé à jamais Et de ma prison J’en fis ma maison Avec ma baguette Dans mes oubliettes Je devins maîtresse Avec plein d’adresse Et d’un léger coup Je transformai tout Afin que prenne vie Grâce à ma magie Chacun des objets Que je pus toucher Et quel privilège Et non sacrilège Que mes sortilèges Transforment en cortège Et d’être anoblie |



























